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Su-asti-Gil

Su-asti-Gil

Peuples, symboles, croyances, rituels, animisme, ethnologie, chamans, tatouages, ancêtres, sagesse tournant autour du Svastika.

Publié le par Su-asti-Gil
Publié dans : #Europe


Je feuilletais un livre sur "les peuples dans le monde" quand soudain, je m’arrêtai sur cette photo, captivé par ce vieil homme Inuk scandant un rythme immémorial sur son qrilaoût (tambour).

 

 

Spontanément, je me suis mis à l’accompagner en "ayayant" lorsque je fus pris d’une forte sensation intérieure : tout en émettant ces "aya-ya-ya" spécifiques aux chants Inuits, ma voix se mit à trembler d’émotion, des larmes se mirent à couler le long de mes joues, comme si quelque chose s’était ouvert en moi. Ça n’était pas des larmes de tristesse. C’était autre chose. C’était comme si je donnais son à cette image, voix à cet homme. C’est comme si un lien s’était crée entre lui et moi.

J’aime me l’interpréter comme cela…

C’était un moment intense…

 

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« A ya…ya…A ya…ya…yaya…Les yeux baissés et fermés, le corps penché en avant et les genoux légèrement ployés, Imina s’accompagne en frappant avec netteté d’un morceau de côte de phoque le rebord de son tambour.

Le son est mat et le rythme lancinant. (…) Il tourne sur lui-même, joue du buste et des hanches. Il frappe de plus en plus fort, et toujours les genoux légèrement ployés, le corps en avant, il se balance de droite à gauche en ondulant de haut en bas comme mû par un flux. Le mouvement de la tête est particulièrement prononcé. Face à lui, un Esquimau debout le suit des yeux avec un petit bois à la main, l’avioroût, puis il s’immobilise, l’œil vague, les bras le long du corps. La tête d’Imina bat la mesure de plus en plus. A ya…ya ya… »

 

Extrait de « Les derniers rois de Thulé » (1976), de Jean Malaurie


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« (…) On se réunissait le soir dans une iglou (…). Les Inouit, les vrais chasseurs (…), commençaient à prononcer à hautes voix des phrases rituelles. Les yeux vagues, le sorcier nous regardait. Alors, on criait plus fort, tous les Inouit et chacun selon son tempérament.

L’angaqoq (chaman) ne se dressait qu’une fois le silence rétabli et, caché derrière une peau de phoque, se mettait à parler. Il parlait, parlait. Sa voix était basse, comme assourdie, puis grandissait peu à peu au point d’emplir l’iglou tout entière. Les femmes commençaient à « ayayer » - Aya-ya-aya-ya - (…).

Le rythme était d’abord très lent. Irrité, l’angaqoq s’agitait, faisait mille grimaces, grognait comme possédé par des « pouvoirs » qui voulaient, en le faisant souffrir, sortir de lui. Haletant, tremblant, d’une voix saccadée il lançait, dans une langue spéciale que nous ne comprenions pas toujours, des appels, des interjections. Enfin, comme une masse, il s’écroulait. Les Inouit disaient qu’on entendait, sortant du sol, un long sifflement. Le Aya-ya-ya-ya…ne cessait pas, mais devenait imperceptible. L’angaqoq ne respirait plus (…). Le sorcier était comme mort. Mais à ce moment même, son esprit s’était échappé par un trou, un tout petit trou dans le sol de la cabane. Le sifflement ? C’était son souffle qui s’en était allé. Il partait consulter Nérrévik, la grande déesse des eaux (…).

Pendant ce temps, nous autres, yeux clos, nous marmonnions je ne sais plus quoi…ça pouvait durer longtemps. (…) Nous restions là, accroupis devant l’angaqoq, inquiets, tendus. Soudain, un grand bruit. C’était la peau de phoque qui tombait. L’angaqoq était de retour. Un de ses bras bougeait. Il ouvrait un œil, remuait une jambe ; il reprenait vie, en tremblant de la tête aux pieds. Debout, pâle, les lèvres agitées, des mots incompréhensibles sortant par bribes de sa bouche, il se mordait les lèvres. (…) Il levait la tête. Nous nous rapprochions. Parfois il chantait alors une chanson d’angaqoq. Il avait vu Nérrévîk, parlé avec nos morts, nos grands ancêtres… »

-dires de Poualouna, vieil inuk-

« Les derniers rois de Thulé » (1976), de Jean Malaurie


rare effigie de chaman inuk, yeux en perle de traite, bois
Culture Thulé, XVIIe-XVIIIe s.


L'esprit de l'angaqoq (chaman) rend visite à la baleine pendant qu'un Esquimau frappe le tambour
-gravure sur ivoire-Alaska
image tirée du livre « Les derniers rois de Thulé » (1976), de Jean Malaurie

 

lien: http://www.jean-malaurie.fr/

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